Emotions humaines et stress équin...

Parce que communiquer avec son cheval ne se résume pas à un enchaînement de séances répétitives et prévisibles, les émotions et l’attitude d’un cavalier ont une influence indéniable sur la relation qui se crée avec sa monture. Petit tour d’horizon des erreurs et des situations à éviter pour améliorer votre partenariat…

 

Quand le cavalier se laisse déborder…

Dès leurs premières séances d’équitation, les apprentis cavaliers entendent dire que le cheval a la capacité de ressentir leurs angoisses. Cette découverte, loin de les motiver à se détendre, ne fait en général qu’augmenter leurs réticences… En progressant, la routine et les réflexes ont bientôt raison de cette méfiance. Les cavaliers les plus avancés peuvent rapidement opposer à l’angoisse de leur monture des aides plus fermes et des exercices plus contraignants, espérant ainsi en reprendre le contrôle physique et mental. Pourtant, la progression technique du cavalier ne rend pas le cheval psychologiquement (et physiquement !) insensible…

L’être humain est facilement dépassé par ses émotions : frustration, anxiété ou peur sont autant de freins à une bonne communication entre un cavalier et son cheval. Ces sentiments néfastes (bien que naturels et ayant une certaine utilité...) ne sont d’ailleurs pas forcément liés à l’animal : une mauvaise journée de travail, des soucis personnels ou une blessure physique peuvent rendre le cavalier tendu ou énervé. Face à un cheval anxieux ou réticent, il est alors facile de se laisser déborder, d’utiliser des aides de plus en plus fortes, voire des gestes inappropriés. Un à-coup sur la longe parce que le cheval tarde à sortir du box ou du pré, un coup de cravache sanctionnant un regard inquiet dans le fond du manège, un haussement de voix furieux suite à un ébrouement arrachant quelques centimètres de rênes : ces gestes peuvent sembler anodins mais réalisés au mauvais moment, par un cavalier envahi par ses émotions, ils laissent des séquelles et risquent d’entacher les séances suivantes en laissant un souvenir bien amer... Même si le cheval semble obéir, le contact est rompu et la relation en pâtit…



Mettre pied à terre (ou attendre avant de se mettre en selle) n'est pas un aveu de faiblesse !

 

… et que le seuil d’anxiété est dépassé.

Dans l’idéal, tout cavalier devrait être capable de tirer un trait sur ses émotions négatives sitôt la porte de l’écurie franchie. Mais dans les faits, cela est rarement possible... Il convient donc d’arriver à gérer son ressenti et de prendre conscience de notre influence sur l’état de notre cheval. Contrarié ou épuisé, un cavalier aura une gestuelle moins calme et une patience bien moindre…

C. raconte : « Quand ma jument se fige ou panique en extérieur, je mets pied à terre quelques centaines de mètres. Son attitude me crispe et je préfère relâcher la pression, même si je donne l’impression de baisser les bras, plutôt que de rentrer dans un rapport de force ! » Augmenter les aides dans une situation de crise n’amène en général qu’à une aggravation du problème initial, la frustration du cavalier l’entraînant dans un véritable cercle vicieux. Afin de ne pas détériorer les facultés d’apprentissage de sa monture, il vaut mieux adapter les séances en les allégeant, ou en revenant sur des exercices acquis et rassurants. Un cavalier constamment à la recherche de progrès peut être une source de stress pour son cheval alors que distribuer les apprentissages dans le temps permet à l’animal de mieux comprendre ce que l’on attend de lui. Et il est également possible de simplement annuler la séance prévue et de la remplacer par une mise au parc relaxante, un moment d’observation au calme ou encore un bon pansage (si et seulement si le cheval apprécie être brossé…) !

Dans certaines situations, telles que l’arrivée sur un lieu de concours ou dans un nouveau lieu d’hébergement, il n’est pas toujours évident pour un cavalier d’adapter ses demandes à l’état émotionnel de son cheval. Pire encore, l’attitude angoissée de sa monture peut aggraver leur communication sur le moment. L’incompréhension face aux réactions de l’animal, la peur de l’accident ou le stress de la séance à venir rendent les échanges difficiles et les comportements indésirables plus fréquents. Alors que le cavalier s’enfermera dans son anxiété et en oubliera de rassurer correctement sa monture, l’animal pourra avoir des réactions violentes et chercher à fuir cette situation angoissante. La hauteur de l’encolure, l’orientation des oreilles, la fréquence des hennissements ou l’incapacité à rester immobile donnent des indications sur l’état de stress d’un cheval. Se concentrer sur l’état physique et psychique de son partenaire permet au cavalier de calmer ses propres émotions et de renouer un dialogue fragilisé.

 

Renouez le contact !

Lorsqu’une visite aux écuries se solde par le sentiment que son cheval n’a fait qu’exécuter les exercices demandés et que le temps passé à ses côtés était plus utilitaire qu’agréable, il est nécessaire de se demander comment le contact peut être rétabli.

« Après mon accident, j’ai arrêté de monter à cheval pendant plusieurs mois et je n’allais voir Eclair que par habitude. » Comme en témoigne S., il est parfois normal de se sentir dépassé par ses émotions : une simple chute ou plusieurs semaines de régression équestre peuvent amener un cavalier à se déconnecter de sa monture. Pourtant, si les gestes d’agression et les punitions sont néfastes à une bonne relation, le manque de récompenses et d’attitudes positives l’est tout autant.

Alors que les grattouilles au niveau du garrot auraient le pouvoir de baisser le rythme cardiaque, enrichir la vie d’un cheval hébergé en box en lui proposant des sorties avec un congénère ou en diversifiant son alimentation le rendraient moins enclin aux comportements négatifs.

Prendre conscience des difficultés avant qu’elles n’apparaissent permet également de gérer l’état émotionnel du cheval : certains moments « critiques », tels que la mise dans un van ou le débourrage, ne devraient jamais être exécutés par un cavalier noyé dans ses angoisses personnelles. Parce qu’une bonne communication passe nécessairement par la formation d’un lien de confiance, le cavalier doit être capable de ne pas laisser ses émotions envahir les moments passés avec son partenaire équin, qu’il s’agisse d’une simple promenade en main ou d’un parcours décisif. Et puisque cette relation marche dans les deux sens, peut-être serait-il positif, de temps en temps, de se laisser envahir par le calme d’un cheval à qui l’on ne demande rien…


Face à une situation anxiogène, le cheval et l'humain doivent pouvoir observer, respirer, analyser et accepter ce qu'il se passe... 



Quand la science s’en mêle…

Dans son travail sur l’influence du stress sur les performances d’apprentissage et de mémoire chez le cheval (INRA-IFCE, 2013), Mathilde Valenchon déclare que «les chevaux les plus peureux apprennent plus rapidement des tâches qui induisent elles-mêmes un certain état de stress chez l’animal, par le biais de l’utilisation de renforcements négatifs. Les chevaux peureux présentent (…) de meilleures performances de mémoire de travail (ou mémoire à court terme), ce qui pourrait s’expliquer par un état d’éveil supérieur chez ces chevaux. En revanche, les chevaux peureux s’avèrent être les moins performants lors de tâches impliquant des renforcements positifs (récompense alimentaire). » Le tempérament du cheval influencerait donc largement ses capacités d’apprentissage, que ce soit en situation de stress ou non. D’où la nécessité d’observer son partenaire, de connaître ses points forts et ses difficultés pour l’aider à progresser et améliorer votre communication, séance après séance !

 

 

Influence du stress extrinsèque

 L’environnement est une source de stress que l’on a souvent tendance à négliger. Le bruit ambiant sur une place de concours, les températures estivales et la présence d’insectes, l’éloignement des congénères ou de longues heures enfermé au box… Tous ces facteurs, bien qu’ils ne soient pas liés directement à l’apprentissage demandé par le cavalier, peuvent largement influencer l’état émotionnel du cheval et engendrer des comportements indésirables (secouages de tête, tentatives de ruades…) ou l’apparition de soucis de santé (coliques, ulcères…). Avec du temps, quelques adaptations et une progression logique dans les exercices et les récompenses, ils peuvent néanmoins cesser de perturber la relation cavalier-cheval !

 

 

 

 

 

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